Haïti : reprendre espoir avec le football

La rencontre est forte. Ce mardi 9 février, Joseph S. Blatter revoit pour la première fois Yves Jean-Bart, Président de la Fédération haïtienne, depuis le terrifiant tremblement de terre du 12 janvier dernier. “On avait des nouvelles indirectes mais nous n’arrivions pas à joindre M. Jean-Bart juste après le tremblement de terre. Après quelques jours j’ai réussi à l’avoir au téléphone et je peux vous garantir que ça a été un grand soulagement”, explique le Président de la FIFA.

Jean-Bart est encore marqué physiquement par le drame. Plusieurs doigts de sa main droite, écrasés, sont toujours bandés, il montre son coude qui vient juste d’être opéré. “Je m’enfuyais en courant du siège quand un bloc de pierre m’est tombé sur le dos et l’épaule. C’est douloureux, mais je suis en vie. Jean-Yves Labaze, l’entraîneur des U-17, qui se trouvait derrière moi n’a pas eu la même chance”, détaille le Président haïtien. “Le tremblement de terre a eu lieu vers 17h00. A cette heure beaucoup de nos joueurs s’entraînaient, ce qui leur a peut-être sauvé la vie. En revanche, tous ou presque ont subi des pertes dans leur famille”, ajoute-t-il.

A ce jour, les bilans dans le pays sont très approximatifs mais quelques chiffres fournis par les Nations Unies parlent d’eux-mêmes : entre 100 000 et 150 000 disparus, 1 100 000 sans-abris, 700 000 personnes ont besoin de premier soins, 200 000 personnes sont en manque de nourriture, 500 000 personnes ont fui Port-au-Prince pour la campagne.
Le tremblement de terre a eu lieu vers 17h00. A cette heure beaucoup de nos joueurs s’entraînaient, ce qui leur a peut-être sauvé la vie.
Yves Jean-Bart, Président de la Fédération haïtienne

Les employés de la Fédération n’ont pas été épargnés et Jean-Bart égrène les victimes comme on égrène un chapelet. “La masseuse de l’équipe nationale, le caméraman, le directeur exécutif, et tant d’autres… C’est impossible de faire un bilan précis pour le moment”, annonce-t-il. La Fédération a besoin de tout. Les bâtiments du siège se sont effondrés. “Nous n’avons même pas l’argent pour payer les engins lourds qui permettraient de déblayer les décombres. Nous estimons qu’il y a au moins 33 corps ensevelis. Et puis nous avons perdu tout notre patrimoine, tout notre système administratif”, déplore Jean-Bart.

Des milliers de sans-abris se sont regroupés dans l’enceinte du stade national, sur le terrain artificiel qui avait été construit pour le match de la paix Haiti – Brésil de 2004. Quant au centre technique de la Fédération Haïtienne de Football, bâti grâce au Programme Goal de la FIFA et intact hormis le mur d’enceinte, il est mis à la disposition des footballeurs et de leur famille. Le 4 février, la FIFA a décidé de débloquer une aide financière exceptionnelle : “la Commission des Finances a décidé d’octroyer une aide supplémentaire de trois millions de dollars. Nous avions déjà offert une aide d’urgence de 250 000 dollars après la catastrophe”, détaille le Président Blatter. Ces trois millions de dollars constituent un fonds d’assistance qui sera géré directement par la FIFA depuis Zurich, en fonction des projets qui seront soumis par la FHF.

Reprendre les activités
Au milieu de cet immense chaos, le Président Jean-Bart tente de lister les priorités. “La première chose est d’assister les athlètes pour qu’ils retournent à une vie normale. Nous voulons ensuite récupérer les terrains qui servent encore pour les secours. Enfin nous voulons reprendre les activités de compétition au plus vite. Déjà les clubs du Racing CH et de Tempête demandent à être réintégrés à la Ligue de champions de la CONCACAF”.

L’idée semble saugrenue quelques semaines seulement après le drame. Mais l’espoir est vital dans ces moments. “Nous avons distribué ce qui nous restait de ballons de la FIFA dans les camps. C’est incroyable, au milieu des ruines, les jeunes veulent jouer. Le football fait partie intégrante de notre société. C’est pourquoi il est important que les activités de football reprennent, pour ramener un peu de sérénité et de joie”, analyse Jean-Bart.
C’est incroyable, au milieu des ruines, les jeunes veulent jouer. Le football fait partie intégrante de notre société. C’est pourquoi il est important que les activités de football reprennent
Le Président de la fédération explique le rôle du football

“Dans la vie, il y a des miracles. Le football continue et apporte de l’espoir et des émotions. Mais il faut aussi de l’argent pour rebâtir et repartir. C’est pourquoi la FIFA a créé ce fonds”, ajoute le Président Blatter. Il faut maintenant planifier. “Le terrain de Petit Goave, touché lors du séisme, a fini d’être achevé par une réplique ; le stade de Léogâne, épicentre du séisme, a été totalement détruit… Il y a de nombreux chantiers. Mais le football n’était pas concentré à Port-au-Prince et c’est une bonne chose, car la province a été relativement épargnée ce qui devrait nous permettre de repartir du bon pied”, estime le Président de la Fédération haïtienne.

Le travail est immense mais Haïti peut compter sur la solidarité de la famille du football. “Hormis la FIFA qui fait un effort sans précédent avec ce fonds de 3 millions, de nombreux clubs, fédérations et organisations du football se sont mobilisés, des matches de solidarité ont eu lieu et auront lieu. La notion de ‘famille du football’ prend tout son sens dans ces moments”, conclut Jean-Bart.

FIFA

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