Analyse

Copa del Rey: Certitudes – Analyse du match Real Madrid – Barcelone par Patrice Dumont

Au fil des rencontres Barça-Real, des certitudes s’installent dans les esprits des deux timoniers. Mourinho croit dur comme fer qu’il est inutile de chercher à rivaliser avec l’adversaire sur le plan technique, qu’il faut positionner son bloc défensif au tiers central du terrain, et se replier selon le système du recul-frein, qu’il faut contrer spécialement Messi. Enfin, Mourinho s’est rappelé une semaine avant cette sixième défaite 1-2 du 18 janvier que Real n’a pas perdu les deux fois que Pepe était placé au milieu du terrain, le 2-0 de l’un de ces deux matchs ayant été réalisé après l’expulsion de l’intéressé. Pepe fut donc placé au milieu du terrain pour ferrer davantage cette zone, siège du laboratoire des manœuvres létales du Barça.

Guardiola, pour sa part, s’assoit sur la certitude que posséder le ballon et le gérer intelligemment et patiemment quant à l’objectif de marquer des buts est la plus grande vérité du football, de son football, pourrait-on préciser. Les qualités individuelles des uns et des autres, les différents modes de combinaison, l’art de défendre en zone, le pressing collectif, les mille et une adaptations tactiques tiennent tous de ce dogme du ballon à posséder jalousement, invariablement.

Mourinho est certain aussi de la supériorité globale des forces de Guardiola. Il s’adapte donc : optimiser ses forces, minimiser celles de l’adversaire.
Les siennes : trois milieux défensifs : Pepe, Diarra, Alonso. Celui-ci, meilleur mondial à son poste, doit privilégier son agressivité, sa capacité d’accrochage, au détriment de sa technique de passe. Ne pas se battre sur le terrain de l’adversaire. Résultat : Alonso commet sept fautes et est méconnaissable dans la gestion du ballon ; Diarra qui prend Messi en charge, en le poussant à gauche où l’Argentin est moins adroit, n’a aucune lucidité ; Pepe a simulé être frappé par Iniesta, a marché sur la main de Messi, a paru emprunté comme un âne qui tient un stylo sur une phase de contre-attaque où il pouvait livrer une passe décisive. Les trois ont été bousculés sur leurs 30 mètres défensifs par la certitude technique barcelonaise.

Les siennes encore : trois attaquants nominaux, deux, Benzema et Ronaldo devant s’opposer aux montées des latéraux adverses ; l’autre, Higuain, polluer les sorties de Piqué et être disponible pour les contres, comme devront l’être les deux premiers. Là, Mourinho aurait pu gagner, n’était ce que l’on soupçonne depuis le début de la saison : une débauche d’énergie qui ne protège pas une préparation physique centrée sur la vitesse. Les échanges rapides des Barcelonais, obligeant les Madrilènes à des courses et contre-courses sans le plaisir de toucher le ballon, ont carbonisé les protégés de Mourinho. Et Christiano Ronaldo qui a sauvé son match en marquant son but de la 11e minute après une longue course de contre-attaque a épuisé ses cartouches en 1re mi-temps par d’autres accélérations, infructueuses, celles-ci. Finalement, Higuain qui a été remplacé, Benzema qui a quand même placé un ballon sur un poteau, Ronaldo surtout, n’avaient plus de ressources physiques.
Les siennes encore : Altintop, Ramos, Carvalho, Coentrao, quatre défenseurs prudents, rageurs, concentrés. Dès que Puyol avait marqué son but de la tête sur un corner de Xavi, les Madrilènes n’avaient pas le choix que d’attaquer pour une victoire confortable. En cela, Altintop a bien failli réussir quand il se débarrassa d’Iniesta et centra pour la tête de Benzema (le ballon sur le poteau déjà mentionné). À part cela, l’ancien Bavarois souffrit le martyre face à Iniesta auquel il dut concéder cinq corners, celui du but de Puyol en particulier. Avant cela, Iniesta avait obligé Casillas à détourner en corner un ballon rasant, de même que Messi toujours dans la zone du Turc. C’est encore là que Messi encore, auteur d’un match très moyen, après avoir hypnotisé Alonso, pelleta tout en velours dans le dos de la défense un ballon qu’Abidal transforma en but comme un grand attaquant.

Rapport de forces déséquilibré en faveur de Barcelone. Certitudes inadaptées de Mourinho face à un adversaire terriblement assassin, d’autant plus qu’il a l’air gentil, poli, inoffensif. Mourinho n’a pas épuisé toutes les stratégies. Sa tête embrouillée a besoin d’en finir avec un adversaire insaisissable. Qu’il gagne ou perde, en retour de ces quarts de finale de la Coupe du Roi, au moins il a la certitude de le rencontrer à nouveau en championnat où il a tout intérêt de creuser l’écart avant le retour du 22 avril. En Ligue des Champions, au hasard de jouer dans un sens ou dans l’autre.

Patrice Dumont
patricedumont21@hotmail.com

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