La sélection haïtienne s’est qualifiée historiquement pour la Coupe du monde 2026. Un exploit monumental rendu possible grâce à un effectif renforcé et à la résilience d’un groupe soudé. Si l’inquiétude portait sur la qualité du jeu, le match amical de samedi contre la Tunisie a balayé « presque » tous les doutes.
Les Haïtiens sont des passionnés de football, un sport presque religieux dans le pays. Les enfants grandissent avec un ballon dans les pieds, développant des qualités techniques de façon autodidacte, faute d’académies structurées, malgré un terreau naturel de talents foisonnant. Le talent est là, brut et vivant. Mais rassembler ces individualités en une équipe capable de respecter et d’incarner les principes du jeu restait un défi.
Ces dernières années, Haïti a connu plusieurs qualifications à la Coupe du monde, chez les hommes comme chez les femmes, dans différentes catégories. Mais transformer le potentiel de nos talents en collectif ayant une cohérence de jeu restait un travail de longue haleine.
Les seniors masculins, après une Gold Cup décevante, ont su se réinventer lors des éliminatoires du Mondial 2026. Le groupe voulait inscrire son nom dans l’histoire, comme la génération de 1974, un refrain qui résonne dans les médias et qui semble avoir galvanisé Duckens Nazon et ses coéquipiers.
De plus, Haïti a bénéficié du renfort de joueurs de premier plan, capables d’élever le niveau collectif. L’arrivée de Jean-Ricner Bellegarde en septembre dernier a insufflé un souffle nouveau à l’équipe et au projet de jeu du sélectionneur Sébastien Migné. Formé au RC Lens et passé par Strasbourg, Bellegarde évolue aujourd’hui à Wolverhampton en Premier League. Il a influencé naturellement Yassin Fortuné et d’autres binationaux.
Un mois plus tard, Josué Casimir de l’AJ Auxerre et Hannes Delcroix, défenseur gaucher formé à Anderlecht et évoluant actuellement à Lugano, rejoignent le groupe. Petit à petit, l’équipe séduit des talents éligibles à représenter Haïti, parfois issus des sélections françaises juvéniles. Wilson Isidor, longtemps partagé entre la France et Haïti, a finalement choisi de porter le maillot national.
L’attaquant de 25 ans, évoluant à Sunderland, ne voulait pas manquer la Coupe du monde 2026. Sa présence en attaque offre désormais à l’équipe une combinaison d’expérience et de talent, prête à se mesurer au plus haut niveau. Le jeu de l’équipe est devenu séduisant grâce au professionnalisme de des joueurs arrivés. Les critiques sur la qualité du jeu proposé par les Grenadiers appartiennent désormais au passé.
Le match contre la Tunisie, malgré la défaite, a révélé une performance collective remarquable, ponctuée de fulgurances individuelles comme Providence, Casimir, Isidor, Nazon ou encore Fortuné. Beaucoup de détails restent à peaufiner avant le Mondial, mais les auspices sont encourageants.
Haïti n’a pas seulement grandi en effectif, elle a grandi en jeu, en caractère et en ambition. Et pour ce pays où le football est une véritable passion, cette sélection pourrait bien marquer le début d’une ère nouvelle.